Précurseur de l’évolution du climat continental, l’été 2022 nous oblige à accélérer l’identification et le partage des bonnes solutions en Europe

Olivier ABULI, consultant conseil et analyses

5 septembre 2022

Cet été qui touche à sa fin est appelé à constituer un marqueur dans l’esprit des populations, des responsables politiques et des acteurs socio-économiques européens.

Alors que l’attention était presque exclusivement concentrée au printemps sur la sécurisation des approvisionnements énergétiques et la maîtrise de l’inflation, les signes avant-coureurs les plus redoutés du réchauffement climatiques se sont multipliés à l’échelle continentale depuis fin juin :


  • en haute altitude : avec l’effondrement meurtrier du glacier de la Marmolada le 3 juillet, puis la chute vertigineuse du refuge historique de la Fourche dans le massif du Mont-Blanc le 24 août ;


  • dans les massifs forestiers, avec la destruction de près de 700 000 hectares à mi-août ; de l’Espagne à la France en passant par la Roumanie pour les mégafeux, mais sans oublier des foyers également critiques en Allemagne, Autriche, Tchéquie et au Danemark ;


  • pour les infrastructures : avec une rétractation des sols argileux asséchés qui constitue une menace de fragilité pour les digues des polders néerlandais, mais aussi de nombreux ouvrages d’art et des millions d’habitats individuels à l’échelle européenne ;


  • pour les activités économiques qui dépendent de la régularité du débit des cours d’eau : touristiques (loisirs de pleine nature en rivières, violents épisodes orageux), logistiques (le tonnage du transport fluvial sur le Rhin est limité à 25% de charge depuis juillet en raison de la faiblesse du tirant d’eau), agricoles (prévisions de baisse des rendements des cultures d’été allant de 12 à 16% pour 2022 au niveau de l’UE), énergétiques (hydroélectricité et centrales nucléaires), industrielles... ;


  • pour la biodiversité : avec les changements de comportement et pertes de repères de nombreuses espèces marines et migratoires comme l’illustrent l’intrusion dans la Seine jusqu’à l’aval de Paris d’un orque en mai et d’un béluga cet été.


Le tableau est sombre. La trajectoire qu’il éclaire et l’enchaînement mécanique des calamités naturelles qu’il a entraînées doivent être pris très au sérieux. Une prise de conscience semble être survenue.


Mais qu’en restera-t-il si ces épisodes critiques s’avèrent moindres ou plus localisés dans les trois ou quatre prochaines années ? Pour mémoire, en France, en 2021, la pluviométrie moyenne a été conforme aux moyennes historiques… mais avec un excédent pluviométrique de 50 % en juin et juillet…


L’Europe se réchauffe bien plus vite que les autres régions situées aux mêmes latitudes


C’est en effet un constat amer : c’est par procuration que nous avons longtemps collectivement appréhendé le réchauffement climatique sous l’angle de ses manifestations les plus visibles et lointaines : atolls menacés de submersion, moussons extrêmes et meurtrières en Asie, migrations subsahariennes…


Or, l’évolution du climat relève d’un processus long, le plus souvent peu perceptible et erratique. Et nous découvrons que l’Europe de l’Ouest constitue également, selon les scientifiques, une zone géographique très vulnérable, tout particulièrement aux risques de canicules et de sécheresses.


C’est ce que soulignait le second volet du rapport du GIEC fin février. C’est aussi ce que confirme une communication publiée par Nature au début du mois de juillet : notre sous-continent se réchauffe 3 à 4 fois plus vite que les régions de mêmes latitudes !


C’est aussi certainement le message que Valérie Masson-Delmotte, paléoclimatologue et membre du GIEC, a passé aux membres du Gouvernement français à l’occasion d’une séance de sensibilisation aux enjeux climatiques qui leur était destinée ce 31 août. 


Quatre menaces principales pèsent sur les pays de l’Union Européenne :


  1. des vagues de chaleurs extrêmes de plus en plus fréquentes et intenses pesant sur les populations et les écosystèmes ;

  2. des rendements agricoles globaux en déclin, avec une perspective d’effondrement des productions pour les pays du sud du continent ;

  3. des risques d’inondations récurrents causés par l’occurrence de pluies brusques et diluviennes sur des sols asséchés ou artificialisés ;

  4. une pénurie régulière d’eau, avec des implications sociales et économiques préoccupantes.


La disponibilité en eau, l’alpha et l’oméga ?


Ce point essentiel est incontestablement systémique pour nos capacités à réussir la transformation de nos modèles d’activités en les décarbonant, en relocalisant et en retrouvant des autosuffisances stratégiques.


Qu’il s’agisse de souveraineté alimentaire, d’exploitation planifiée et raisonnée de la biomasse ou de perspectives de production à grande échelle d’énergies alternatives aux combustibles fossiles (hydrogène, transition partielle par le nucléaire), la préservation et la disponibilité constante de ressources en eau suffisantes constituent un préalable.


Des solutions, il en existe ! « Elles sont à portée de main ». C’est ce qu’ont affirmé avec force les experts du GIEC dans le troisième volet de leur dernier rapport, dans un élan salutaire d’optimisme.


La simple « adaptation » appartient déjà au passé, le calendrier des « transitions » ne pourra éternellement être repoussé. Le temps semble alors à la validation et à la mobilisation de solutions pour des « transformations » plus rapides, efficaces, voire radicales.


Du supranational au local, chaque niveau de décision, chaque organisation détient une part de responsabilités, a un rôle à jouer et trouvera un intérêt à s’impliquer.


Mais d’évidence, c’est à une dimension européenne que ce marché de l’innovation et de la transformation trouvera sa cohérence, ses débouchés et sa maturité.

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