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Introduction

L’implémentation de la CSRD au sein de votre entreprise s’accompagne probablement de son lot de questions et d’interrogations. De par notre raison d’être et nos solutions digitales et humaines au service de la transformation durable de votre organisation et de votre chaîne de valeur, nous souhaitons contribuer activement au succès de votre transition. A ce titre et pour inaugurer notre séquence de contenus et d’articles exclusifs sur la CSRD, nous avons le plaisir et l’honneur de donner la parole à Delphine Gibassier.

Présentation de Delphine Gibassier

Experte reconnue du marché de la comptabilité durable et du reporting extra-financier, ex Cheffe de groupe dans la Taskforce de l’EFRAG qui a rédigé les ESRS, Delphine a également travaillé avec le Pacte mondial des Nations unies, l’IIRC, le WBCSD, R.3.0, la Coalition des capitales et le CDSB, ainsi qu’avec le gouvernement français sur divers sujets tels que le reporting non financier, la comptabilité carbone et le reporting intégré.

Avec plus de 20 ans d’expérience tant en pratique qu’en milieu académique, elle a développé et mis en œuvre la comptabilité carbone, la comptabilité des ODD et le reporting intégré pour de grandes entreprises. Elle a travaillé sur ces sujets pour Danone, Deloitte Luxembourg, le Groupe SOS, Octo – Accenture, mais l’a également enseigné en tant que consultante-chercheuse et ancienne professeure titulaire en comptabilité du développement durable à Audencia.

Contexte de la CSRD

Traiter l'extra-financier avec la même importance que le financier.

1. Vetted : Pour les entreprises qui perçoivent la CSRD comme une énième contrainte administrative, pouvez-vous nous expliquer dans quel contexte et calendrier environnemental celle-ci s’inscrit ?

Delphine Gibassier : La CSRD arrive dans un contexte de dépassement des limites planétaires, d’effondrement de la biodiversité, de franchissement de la trajectoire de l’accord de Paris.

Pour citer quelques exemples environnementaux ou sociaux actuels et proches de chez nous, les crues dans le Pas-de-Calais et le Nord, l’absence de neige dans de nombreux massifs montagneux cet hiver ou bien encore la mobilisation des agriculteurs nous montrent à quel point il est temps d’agir sérieusement.

Même si la réponse est tardive, la CSRD, issue du Green Deal, est nécessaire. La question n’est donc pas de savoir si l’application de cette loi exigeante est trop embêtante, mais de comprendre l’état du vivant et de ce qui nous entoure pour aborder l’extra-financier avec la même équivalence que le financier. A ce titre, la CSRD n’est pas une directive autonome, mais la modification d’une directive comptable.

En cette première année et sur ce marché naissant, le reporting des entreprises ne sera évidemment pas parfait à 100%, mais voyons le positif. La prise de conscience va nettement s’accélérer et cela va également permettre au ventre mou de l’économie française qui n’a bien souvent pas de Direction RSE, d’agir, de faire quelque chose, comme le fait de commencer avec un bilan carbone par exemple. Peu vaut beaucoup mieux que rien. La CSRD va donc inciter à la normalisation de la prise en compte des enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance.

Et pour amplifier et accélérer plus encore, on peut se permettre à rêver que le Gouvernement mette en place, par exemple des abattements de charges patronales ou des aides à l’embauche pour doter les entreprises de Directeur RSE/ Impact, siégeant au COMEX.

Implémentation de la CSRD en 2024

La normalisation des enjeux environnementaux pour encourager les entreprises à adopter des bonnes pratiques.

2. Vetted : Quelques semaines après la publication du décret d’application de l’ordonnance n° 2023-1142 du 6 décembre 2023 relative à la publication et à la certification d’informations en matière de durabilité et aux obligations environnementales, sociales et de gouvernement d’entreprise des sociétés commerciales, pouvez-vous nous faire un état des lieux de la situation au sein des entreprises concernées ?

Delphine Gibassier : Le CAC40 et les grands groupes familiaux n’ont pas attendu la publication du décret pour commencer à s’y mettre. Les ETI ont démarré l’été dernier.

Toutes les entreprises assujetties à la CSRD ont entre 1 an et 1 an et demi de travail devant elles, afin de constituer leurs équipes, déployer les bonnes solutions logicielles et s’entourer d’experts qualifiés pour déployer les étapes les unes après les autres.

Si une minorité peut encore faire l’autruche ou se dire que les sanctions ne seront pas appliquées – cf. le non respect du bilan carbone ou de la DPEF pour un certain nombre d’entre elles -, l’exclusion des procédures de passation des marchés publics et des contrats de concession pour les opérateurs économiques qui ne se satisfont pas à leur obligation de publication d’informations en matière de durabilité, ou encore le fait qu’une ONG ou qu’une personne physique puisse imposer à une entreprise récalcitrante d’effectuer sa CSRD, va quand même faire réfléchir à deux fois les réfractaires.

Les entreprises ont toutes intérêt à se transformer, celles qui le font déjà, en voient les bénéfices, avec un modèle d’affaires pérenne. Plus les entreprises seront nombreuses à se transformer, plus on arrêtera de dire que le durable c’est pour les riches ou les bobos.

Prérequis pour garantir le succès de son projet CSRD

ERP multi-capitaux et collaboration étroite des différentes équipes.

3. Vetted : Quels sont les prérequis en termes d’organisation, de compétences humaines et de stack logicielle (ERP, etc) pour mener à bien la CSRD ?

Delphine Gibassier : Cela commence évidemment par la formation et l’information. Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement.

Il y a également le sujet de la gouvernance où la constitution d’un comité d’audit et la présence d’un sponsor au Comex sont indispensables pour embarquer les équipes et opérer le change management.

En termes d’équipe, les équipes chiffres et risques doivent travailler main dans la main avec les Directions Achats, SI et RH, avec un binôme très fort entre la Direction Financière et la Direction RSE, afin que la CSRD et la transformation durable de l’organisation et de sa chaîne de valeur soit en haut de la pile et de l’agenda.

A l’image des équipes, la CSRD fait sauter les silos en matière de stack logicielle. On se dirige tout droit vers des ERP multi-capitaux qui vont à terme incorporer les budgets carbones, biodiversité, ressources, etc. Les principaux acteurs de l’ERP travaillent activement dessus en se dotant des meilleures compétences en interne. D’ici là, faire avec du temporaire et notamment avec Microsoft Excel en intégrant bien le rôle de l’audit interne pour la traçabilité de la data. Le rôle du sourcing et des achats durables est clé pour identifier la bonne suite logicielle.

Si les erreurs de jeunesse seront tolérées au début, les enjeux ne sont pas à prendre à la légère, car les commissaires aux comptes encourent les mêmes sanctions que sur le financier et ne comptent donc pas reproduire un ENRON de l’extra-financier !

Le choix des prestataires pour la CSRD

Processus de sélection et évaluation de leur expertise.

4. Vetted : Quels doivent être les points d’attention/ de vigilance lorsqu’une entreprise souhaite faire appel à un prestataire pour sa CSRD ?

Delphine Gibassier : L’obligation étant récente, il ne s’agit pas en effet de s’engager avec le premier venu, notamment sur la question de la double matérialité et des achats durables. Quelques précautions sont à prendre en posant les questions suivantes (liste non exhaustive) :

  •  Avez-vous suivi une formation sur les enjeux du développement durable et de l’extra-financier ? Et si oui laquelle ?
  •  Avez-vous lu et intégré les documents relatifs à la CSRD : les ESRS et le texte de la CSRD, la transposition, les guides de l’EFRAG (Double matérialité, Chaîne de Valeur et ESRS) ?
  •  Outsourcez-vous une partie de l’expertise ? Si oui, à qui ?
  •  Avez-vous déjà réalisé des missions sur la CSRD ? Si oui, demander à contacter un pool de clients pour recueillir leur feedback et avis
  • Et puis enfin poser quelques questions pièges, comme par exemple : Comment travailler avec ses parties prenantes ? Quels sont vos étapes sur la double matérialité ?

Le mensonge ou l’amateurisme se verra comme le nez au milieu de la figure !

Calendrier 2024 et étapes d'un projet stratégique pour vos activités

L'importance de présenter un plan d'actions crédible sur plusieurs années.

5. Vetted : En termes de calendrier, comment préconisez-vous d’organiser et séquencer les tâches ?

Delphine Gibassier : Avant l’été, il faut avoir finalisé la formation des équipes et notamment la constitution de sa data governance, le mapping de sa chaîne de valeur (en se référant notamment à la norme Stakeholder Engagement Accountability) et l’analyse de double matérialité. L’idée est d’avoir une vision parfaitement claire et exhaustive de l’entreprise.

Sur la deuxième moitié de l’année, l’entreprise doit avoir réalisé son guide et référentiel de données, ainsi que son audit à blanc.

L’analyse d’écart s’effectue dans l’idéal entre le 6ème mois et la fin de la première année de données (voir plus tard pour la plupart des ETIs).

Le sujet étant tout neuf, il est tout à fait normal qu’il y ait des trous la première année. L’important est de pouvoir présenter un plan d’actions crédible sur les 2 ou 3 prochaines années, avec des budgets cohérents.

Il peut être intéressant d’effectuer un audit à blanc avec un shadow report pour tester le bon déroulé et la robustesse globale du reporting et des actions et transformations à opérer.

Agir le plus tôt possible, même pour les PME et les start-ups

Préconisations pour les entreprises non encore concernées.

6. Vetted : Les entreprises qui ne sont pas encore concernées doivent-elles attendre le moment où elles le seront, ou doivent-elles dans la mesure du possible s’y mettre aussi dès maintenant ?

Delphine Gibassier : Le plus tôt sera le mieux. L’immense majorité des PME sont intégrées dans des chaînes de valeur, leurs donneurs d’ordre vont donc forcément leur demander du reporting et d’ autres informations extra-financières aussi bien qualitatives que quantitatives. Les PME non cotées peuvent d’ores et déjà se mettre de manière volontaire au reporting des PME cotées. Il en va de même pour les start-ups, notamment celles qui s’apprêtent à entrer en bourse.

Il faut enfin considérer le reporting de manière dynamique, en fonction de l’évolution du CA et des seuils de croissance, notamment dans le cadre d’opérations de M&A.

En synthèse, la majorité des entreprises va tomber dans le halo de la CSRD.

Rôle des fournisseurs responsables et des achats durables

L'importance cruciale du sourcing et des achats durables dans la CSRD.

7. Vetted : Quel est le rôle du choix des fournisseurs responsables ainsi que du sourcing et des achats durables dans la CSRD et plus spécifiquement dans la Chaîne de valeur ?

Delphine Gibassier : Le sourcing et les achats durables ainsi que la contractualisation avec des fournisseurs responsables est l’un des points les plus importants de la CSRD et de la chaîne de valeur. Notamment sur la dimension traçabilité des biens finis ou semi-finis. Ecovadis est un bon début mais clairement plus suffisant.

Le mouvement des achats verts va s’irriguer et descendre via la chaîne de valeur et son effet domino.

Comparaison des pratiques des entreprises françaises et européennes

Stupéfaction face à la maturité des grandes entreprises américaines et scandinaves.

8. Vetted : Percevez-vous des différences de pratiques entre les entreprises françaises et celles des autres pays de l’UE dans leur manière d’aborder le sujet ?

Delphine Gibassier : Je suis stupéfaite par le niveau de maturité des grands groupes américains et scandinaves, notamment les norvégiens. Ils sont en ordre de marche, sont très bien staffés et ont parfaitement compris que la CSRD va faciliter la comparaison entre concurrents.

À certains égards, leur niveau de préparation semble bien plus rigoureux que nos entreprises latines ! Peut-être est-ce lié à leur capacité d’investissement et d’attractivité des talents, ils aspirent la connaissance et l’expertise pour déployer l’économie verte.

Vous souhaitez mener à bien et dans le délai imparti votre CSRD ?

Fruit de l’expertise de Delphine, cette formation en ligne unique sur le marché se compose de trois volets :

  • Une synthèse de 1h30 pour délivrer aux membres du COMEX et du CODIR les précisions dont ils ont besoin pour appréhender les enjeux de la CSRD,
  • Un programme de 5 heures destiné aux directeurs de projets CSRD qui pilotent et supervisent les projets de reporting, pour comprendre comment séquencer et organiser le travail de leurs équipes,
  • Une exploration approfondie de 15 heures de sujets complexes pour les équipes chargées de la mise en œuvre sur le terrain, comprenant un guide détaillé sur l’application des normes ESRS une par une.

La formation est complétée d’outils et documents mis à disposition, tels qu’un outil numérique permettant votre pré-analyse d’écarts, mais aussi d’un guide d’application de la double matérialité ou encore d’un plan d’action type pour réussir sa CSRD.

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